Les invités d’honneur
du SoBD 2020

Chaque année, le SoBD met à l’honneur deux personnalités de la bande dessinée : un artiste et un auteur de textes sur la bande dessinée ayant notamment porté son travail sur l’artiste en question. En 2020, le SoBD accueille WILLEM, dessinateur ayant surtout œuvré en presse (Hara Kiri, Charlie Hebdo, Libération, etc.), dont le mordant des dessins ne cède rien à la virulence de ses indignations, NUMA SADOUL, bien connu pour ses longues interviews avec des figures de premier plan de la bande dessinée franco-belge (Hergé, Franquin, Gotlib, Mœbius, Vuillemin, Tardi), et dont un dernier ouvrage a été consacré aux dessinateurs de presse.

Willem & Numa Sadoul

Invités d’honneur du SoBD 2020

Willem

Connu sous le nom de Willem, Bernhard Willem Holtrop est l’un des grands dessinateurs de presse français contemporains. Il est également connu pour son œuvre de bande dessinée, ainsi que pour ses chroniques « Images », qui ont dressé un tableau inestimable des productions visuelles modernes sur un demi-siècle.

Né en 1941, à Ermelo, en pleine Seconde Guerre Mondiale, Willem ne cessera de dénoncer la cruauté et l’absurdité de cette guerre comme des autres, s’en prenant impitoyablement à leurs initiateurs, à commencer par les Nazis dont l’artiste rappelle inlassablement les horreurs commises, se faisant l’écho dans ses dessins de la violence qu’ils infligèrent aux corps et aux âmes de leurs victimes.

Adepte du noir et blanc, notamment en raison de la destination premières de ses images, la presse, Willem ne rechigne pas à la couleur. Ayant pratiqué la hachure comme le croisillon pour produire des valeurs intermédiaires de gris, l’artiste aura surtout imprimé sa marque sur les esprits avec ses images aux larges à-plats, où l’impact du dessin d’opinion est accentué par la puissance du contraste. C’est que Willem n’est pas le peintre des mœurs, rapportant les états d’âmes des sociétés européennes modernes et de leurs dirigeants, à la façon d’une Claire Bretécher ou d’un Régis Franc. Willem est un dessinateur politique, engagé, s’en prenant sans retenue à des maux qui ne sont pas ceux d’une société, mais ceux de l’humanité toute entière : la violence, la pornographie, l’hypocrisie, l’asservissement, la bêtise. Contre l’universalité de l’horreur, Willem a une méthode : la faire voir, en faire sans faillir la monstrueuse monstration.

À la manière d’un Vuillemin, mais sans son cynisme, ou d’un Reiser politique, Willem pourrait être qualifié d’artiste brutal : pour se faire entendre, il malmène le lecteur. Mal à l’aise devant les images, celui-ci remue sur sa chaise. Seul secours : l’humour. Pour rendre supportable la violence, la sexualité agressive, le scatologique auquel il confronte son lecteur, l’artiste renonce au réalisme du dessin, mais jamais à être drôle. Dans les ténèbres, un sourire se laisse toujours entrevoir, fut-il amère ou sarcastique.

Willem à Paris

Willem, invité d’honneur du SoBD 2020, place de la République.

Pour en revenir à sa carrière, rappelons que Willem débute ses dessins de presse en 1961 dans des journaux néerlandais comme Het Vrije Volk et De Legerkoerier. L’année suivante, il entame des études à l’école des Beaux-Arts à Arnhem, puis à Bois-le-Duc (Brabant-Septentrional), qui le mèneront jusqu’en 1967. C’est durant cette période que l’artiste rejoint le mouvement anarchiste néerlandais « provo », anti-monarchiste, anti-impérialiste et écologiste. Des causes qu’il défend encore aujourd’hui.  Mais déjà Willem n’a pas froid aux yeux : en 1966, dans le premier numéro de son journal God, Nederland & Oranje, il représente la reine Juliana des Pays-Bas en prostituée. Le journal sera saisi après publication, mais l’artiste ne cessera pas pour autant ses provocations.

Contribuant à Hara-Kiri depuis 1967, Willem s’installe en France en 1968, où il dessine également pour L’Enragé, aux côtés notamment de Siné, de Wolinski, de Cabu, de Bosc, de Reiser et de Topor. Dans les années et les décennies qui suivent, Willem inscrit son nom au sommaire de nombreux journaux prestigieux (Charlie Mensuel, Métal Hurlant, Le Psikopat, L’Écho des Savanes, Charlie Hebdo) avant de rejoindre la rédaction d’un grand quotidien d’information en 1986, Libération. Selon le titre pour lequel il dessine, Willem adapte son expressivité, provoquant à souhait dans Hara Kiri ou Charlie Hebdo, plus « civilisé » (le mot est de lui) dans un journal grand public comme Libération.

Si Willem est premièrement un dessinateur de presse, pratiquant le « cartoon » comme le « strip »,  on lui doit également de très nombreux livres. Plus de 80 titres séparent Chez les obsédés, publié par les Éditions du Square en 1971, des Nouvelles Aventures de l’Art, sorti en 2019 chez Cornélius.

La qualité du trait et l’humour féroce de cet immense dessinateur de presse ont été récompensés à de nombreuses reprises, notamment par le Grand Prix de la ville d’Angoulême. Comme de nombreux autres dessinateurs travaillant à un rythme quotidien (il livre ses dessins tous les jours depuis près de 30 ans), Willem est un artiste actif, qui continue à proposer ses dessins dans de nombreux journaux, dont Libération.

Numa Sadoul

Né en 1947 à Brazzaville, au Congo français, Numa Sadoul est connu pour ses conversations avec les grands noms de la bande dessinée franco-belge. Ses livres d’entretiens avec Gotlib (1974, réédition 2018), Hergé (1975, réédité constamment depuis), Jean Giraud – Mœbius (1976, réédition 2015), Franquin (1986, réédition attendue), Tardi (2000), Vuillemin (2000), Uderzo (2001, réédition 2019) sont des références indispensables à toute personne s’intéressant au 9e art.

C’est très tôt que le jeune Numa Sadoul se consacre à la bande dessinée : après une enfance et une adolescence passées sur le continent africain et à Madagascar, il revient dans le Sud de la France à 19 ans pour y faire ses humanités. Sa maîtrise de lettres, intitulée Archétypes et concordances dans la bande dessinée moderne, est réalisée à Nice en 1971. Quatre ans plus tard, il livre son essai sur Gotlib à Albin Michel pour la collection « Grafitti » dirigée par Marjorie Alessandrini, première collection française d’ouvrages dédiés à la BD. Un an plus tard, Casterman édite Tintin et moi, entretiens avec Hergé, un ouvrage qui demeure incontournable un demi-siècle plus tard. En 1989, Numa Sadoul prend la suite de Thierry Groensteen comme rédacteur en chef des Cahiers de la Bande dessinée.

Sa passion pour la bande dessinée n’est pas exclusive, car Numa Sadoul est aussi un homme de théâtre et plus encore d’opéra. Comédien, metteur en scène, dramaturge, directeur de troupe : son orientation pour les arts de la scène est au moins aussi ancienne que ses inclinaisons pour les histoires en images. En 2000, l’alliance de ces amitiés le conduit à produire un spectacle inspiré des personnages d’Hergé à l’Opéra de Bordeaux.

S’il s’est plus spécifiquement consacré au spectacle vivant ces dernières années, Numa Sadoul n’a pas délaissé la bande dessinée. En témoignent d’une part les rééditions fortement retravaillées de ses ouvrages de référence, mais encore la parution en 2014 de Dessinateurs de presse, série d’entretiens avec notamment Willem, mais encore Cabu, Charb, Kroll, Luz, Pétillon, Siné et Wolinski.

Numa Sadoul

Numa Sadoul, par Jean-Pierre Pouyet, invité d’honneur du SoBD 2020

Willem et Numa Sadoul seront tous deux présents sur le SoBD le samedi 5 décembre 2020, à l’occasion du Cycle des invités d’honneur. Il s’agit d’une série de trois tables rondes permettant de découvrir et d’approfondir le travail de Willem. Aux côtés d’autres invités (Catherine Beaunez, Pov, Jean-Pierre Faur, Marie Bourgoin et Christian Rosset), ils reviendront sur leur parcours et leurs engagement, mais aborderont également la question du dessin d’actualité ainsi que celle des transformations des publications et des images parallèles pendant un demi-siècle. Une sélection de dessins de Willem fera également l’objet d’un accrochage au Musée éphèmère, où l’on pourra admirer une soixantaine de pièces, essentiellement originales.

Précédentes éditions

les invités d’honneur du SoBD depuis 2012

Dominique GobletInvité d’honneur du SoBD 2019
Jean-Christophe MenuInvité d’honneur du SoBD 2019
Marc-Antoine MathieuInvité d’honneur du SoBD 2018
Laurent GerbierInvité d’honneur du SoBD 2018
Edmond BaudouinInvité d’honneur du SoBD 2017
Philippe SohetInvité d’honneur du SoBD 2017
Florence CestacInvitée d’honneur du SoBD 2016
Jean-Luc CochetInvité d’honneur du SoBD 2016
Daniel GoossensInvité d’honneur du SoBD 2015
Yves FrémionInvité d’honneur du SoBD 2015
David B.Invité d’honneur du SoBD 2014
Jean-Marc PontierInvité d’honneur du SoBD 2014
CatelInvitée d’honneur du SoBD 2013
José-Louis BocquetInvité d’honneur du SoBD 2013
Denis BajramInvité d’honneur du SoBD 2012
Thierry BellefroidInvité d’honneur du SoBD 2012